Face à une région en pleine recomposition géopolitique, Abidjan a accueilli pendant deux jours la 3e édition du Forum sur la politique sécuritaire en Afrique de l’Ouest. Organisé par le Centre de Recherche Politique d’Abidjan (CRPA) avec le soutien de la Fondation Konrad Adenauer Stiftung (KAS) à travers son programme régional SIPODI, le forum a été placé cette année sous le thème : « Diplomatie de Défense et Paix en Afrique de l’Ouest ».
Cette édition a réuni l’ensemble de la chaîne sécuritaire : ministères de la Défense, de l’Intérieur, de la Sécurité et des Affaires Étrangères, État-Major des Armées, parlementaires, universitaires, société civile, partenaires régionaux et internationaux, avec la participation de l’Ambassade d’Allemagne.
Des menaces qui se conjuguent et qui touchent le quotidien
Le ton a été donné dès l’ouverture avec l’allocution du Dr Flan Moquet César, Directeur du Centre de recherche. L’Afrique de l’Ouest, a-t-il rappelé, doit faire face à des menaces qui se conjuguent et se renforcent : extrémisme violent, criminalité transnationale organisée, circulation illicite des armes légères, trafics, tensions communautaires, fragilités institutionnelles, mais aussi changement climatique et mouvements migratoires.
« Ces menaces se complexifient davantage dans un contexte ouest-africain sujet à une profonde transformation et recomposition géopolitique. Au-delà de la sécurité des États, cela affecte la vie quotidienne des populations : pouvoir se rendre à l’école, cultiver ses terres, circuler, commercer et envisager son avenir sans craindre la violence. C’est à cette échelle humaine que doit se mesurer l’efficacité de nos politiques de sécurité. »
Pour les organisateurs, une conviction s’impose : la réponse ne peut plus être uniquement militaire. Elle doit être politique, diplomatique, économique, sociale et institutionnelle.
Le chargé des affaires de l’ambassade de l’Allemagne, Lucas Schneider, a expliqué le sens de son soutien à ce forum. Il a rappelé l’histoire de son pays comme puissance civile après la Seconde Guerre mondiale, attachée au multilatéralisme, à la retenue militaire et à la primauté du politique, tout en assumant des engagements extérieurs dans un cadre multilatéral.
« Notre objectif est de favoriser la coopération régionale, le dialogue et la création de confiance entre les différents acteurs. Cette évolution nous amène à réfléchir à la manière de concilier notre responsabilité en matière de sécurité avec notre engagement en faveur du multilatéralisme. »
Le pari d’Abidjan : co-produire la sécurité
Au cœur du forum, une idée forte portée par le CRPA et la KAS : faire de la diplomatie de défense un instrument de paix.
« La diplomatie de défense permet de créer des espaces de dialogue entre États, de renforcer la confiance entre institutions, de développer des coopérations militaires et sécuritaires et de favoriser la compréhension mutuelle. Elle contribue à prévenir les incompréhensions, à anticiper les crises et à faciliter la recherche de solutions concertées. »
Deux choix forts justifient cette approche. D’abord, associer la Police Nationale à la réflexion, car on observe aujourd’hui un brouillage des frontières entre sécurité extérieure et sécurité intérieure face à la complexité des menaces. Ensuite, assumer que la sécurité doit être co-produite entre institutions et citoyens.
Pour le représentant du Vice-Premier ministre, ministre de la Défense, Dr Konadjé Jean Jacques, « la sécurité d’un État ne peut durablement être dissociée de celle de son environnement régional. La République de Côte d’Ivoire demeure pleinement engagée en faveur du renforcement de la coopération régionale et internationale. La diplomatie et la défense ne doivent pas être perçues comme deux domaines distincts mais plutôt comme deux dimensions complémentaires de l’action de l’État au service de la paix. »
Un forum qui veut transformer la coopération sécuritaire en rempart durable pour la stabilité ouest-africaine.
Au cours de ces deux jours, les travaux ont porté sur une double démarche.
Après une conférence inaugurale présentée par un Général sur le lien entre diplomatie de défense et paix, trois panels ont mis en avant l’histoire de la coopération sécuritaire depuis les indépendances. Le deuxième jour a porté sur les exercices pratiques en groupes de travail qui ont permis d’examiner les défis contemporains et de formuler des recommandations concrètes.
Gottentochter
