Nigeria : douze organisations de la société civile alertent sur les perturbations inexpliquées de TikTok dans le nord du pays

Journaliste
7 Min Read

Des difficultés d’accès à TikTok signalées depuis la mi-septembre dans plusieurs États du nord du Nigeria suscitent l’inquiétude de douze organisations de la société civile. Dans une déclaration conjointe, elles réclament une enquête indépendante et des explications publiques sur l’origine de ces perturbations qui affecteraient des millions d’utilisateurs.

L’accès à TikTok est perturbé depuis plusieurs semaines dans certaines régions du nord du Nigeria, notamment dans les États de Kaduna, Kebbi, Kano et Sokoto. Face à cette situation, douze organisations de la société civile, engagées dans la défense des droits numériques et de la liberté d’expression, appellent les autorités nigérianes, les opérateurs de télécommunications et la plateforme à faire toute la lumière sur l’origine du problème.

Dans une déclaration conjointe publiée le 2 octobre 2026, les organisations indiquent que les premières difficultés d’accès ont été signalées autour du 14 septembre. Initialement intermittentes, elles se seraient progressivement transformées en perturbations persistantes, empêchant de nombreux utilisateurs de charger l’application, de visionner des vidéos ou de publier des contenus à partir de leurs connexions mobiles habituelles.

Selon les premières investigations de la coalition, des millions de personnes pourraient être concernées, notamment celles dont les activités économiques dépendent des réseaux sociaux. Certains utilisateurs seraient parvenus à retrouver l’accès à TikTok en recourant à des réseaux privés virtuels (VPN).

Toutefois, les organisations précisent que les informations recueillies ne permettent pas, à ce stade, d’établir l’origine exacte de ces perturbations. Une défaillance technique, un problème de routage du réseau, un dysfonctionnement de TikTok, une mesure de gestion du trafic ou une restriction intentionnelle figurent parmi les hypothèses évoquées. Aucune de ces pistes n’a été confirmée.

Une demande d’explications aux autorités

Pour les signataires, l’absence d’explications officielles après plus de deux semaines de perturbations constitue une source de préoccupation. Ils estiment que l’accès aux plateformes numériques joue désormais un rôle important dans la communication, le journalisme, les activités commerciales, la participation citoyenne et le débat public.

La coalition demande ainsi à la Commission nigériane des communications (NCC), à l’Agence nationale pour le développement des technologies de l’information (NITDA) et au Bureau du conseiller à la sécurité nationale (ONSA), en collaboration avec les opérateurs concernés et TikTok, de mener une enquête urgente et de rendre publiques leurs conclusions.

Elle préconise également la réalisation de tests techniques indépendants dans les zones touchées afin de déterminer si les difficultés observées relèvent d’une panne ordinaire ou d’une éventuelle intervention au niveau des réseaux. Ces vérifications devraient notamment porter sur les différences entre opérateurs, les connexions mobiles et fixes ainsi que les zones affectées et celles où le service reste accessible.

Si une intervention gouvernementale était établie, les organisations réclament la publication de toute instruction ou décision ayant affecté l’accès à la plateforme, avec des précisions sur son fondement juridique, sa portée, sa durée et son objectif.

La liberté d’expression au cœur des préoccupations

Au-delà de la question technique, les signataires soulignent les conséquences possibles de ces perturbations sur les droits numériques. Ils rappellent que l’article 39 de la Constitution nigériane de 1999, telle que modifiée, protège la liberté d’expression, notamment le droit de recevoir et de communiquer des informations, sous réserve des limitations prévues par la Constitution.

Ils invoquent également les principes défendus par la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, selon lesquels les restrictions à la liberté d’expression et à l’accès à l’information doivent avoir une base légale, poursuivre un objectif légitime et être nécessaires dans une société démocratique.

LIRE AUSSI: 𝗥𝗮𝗻𝘀𝗼𝗺𝘄𝗮𝗿𝗲 : 𝗾𝘂𝗮𝗻𝗱 𝘃𝗼𝘀 𝗱𝗼𝗻𝗻𝗲́𝗲𝘀 𝗱𝗲𝘃𝗶𝗲𝗻𝗻𝗲𝗻𝘁 𝗹𝗮 𝗰𝗶𝗯𝗹𝗲 𝗱𝗲𝘀 𝗰𝘆𝗯𝗲𝗿𝗰𝗿𝗶𝗺𝗶𝗻𝗲𝗹𝘀

Les organisations demandent donc que toute mesure motivée par des préoccupations de sécurité nationale ou d’ordre public cible des contenus ou des comportements illicites précis, plutôt que de restreindre globalement l’accès à une plateforme entière. Elles appellent également les autorités à éviter toute sanction contre les utilisateurs, journalistes et chercheurs qui documentent légalement les perturbations. Le recours à un VPN ne devrait pas, à lui seul, être considéré comme une preuve d’activité illégale, ajoutent-elles.

TikTok également interpellé

La coalition invite par ailleurs TikTok à communiquer publiquement sur d’éventuels problèmes techniques susceptibles d’affecter ses utilisateurs dans le nord du Nigeria. L’entreprise est appelée à préciser si des modifications de son infrastructure, de ses systèmes de routage ou de diffusion des contenus ont pu avoir une incidence sur la disponibilité du service.

Les signataires souhaitent aussi la mise en place d’un protocole national de transparence pour les futures perturbations d’Internet. Celui-ci devrait prévoir une information rapide des utilisateurs, l’identification des services et des zones concernés, la publication des causes lorsqu’elles sont établies, ainsi que des délais prévisionnels de rétablissement et des rapports après incident.

Cette proposition intervient dans le contexte de la décision annoncée en juillet 2026 par le ministre nigérian des Communications, de l’Innovation et de l’Économie numérique, Bosun Tijani, concernant la création d’un comité mixte de coordination technique. Celui-ci doit notamment favoriser les échanges entre les institutions publiques, les acteurs du secteur, la société civile et le monde universitaire afin de contribuer à l’élaboration d’un cadre national harmonisé de gouvernance numérique.

LIRE AUSSI: Sécurité numérique : Lagos accueillera le DRIF 2027 sur les droits et l’inclusion numériques

La coalition demande enfin aux autorités compétentes de publier un rapport final détaillant les circonstances des perturbations, les réseaux concernés, leur cause technique, une éventuelle implication gouvernementale et les mesures prises pour éviter leur répétition.

La déclaration est signée par Accountability Lab Nigeria, le Centre for Journalism Innovation and Development (CJID), Digital Africa Research and Safety Lab, DigiCivic Initiative, Gatefield, Hope Behind Bars Africa, Media Rights Agenda, Paradigm Initiative, RACE Africa, Spaces for Change, TechHerNG et TechSocietal.

En attendant les résultats d’une enquête, ces organisations annoncent qu’elles continueront à recueillir les témoignages des utilisateurs et à échanger avec les parties prenantes pour déterminer la nature et l’origine des perturbations.

HZ

Share This Article
Aucun commentaire