Les travaux de la 3e édition de l’Abidjan Border Forum (ABF) se sont achevés ce 22 octobre 2026 au Parc des Expositions d’Abidjan avec une série de recommandations fortes . Placé sous le thème central « Les peuples frontaliers, culture, intégration et sécurité », le forum a été ouvert par la conférence inaugurale de Son Excellence Mahmoud Ali Youssouf, Président de la Commission de l’Union Africaine.
Pendant trois jours, membres de gouvernement, représentants de l’UA, structures nationales en charge des frontières, élus locaux, chercheurs, acteurs de la société civile, leaders communautaires et artistes venus de tout le continent ont interrogé la place à accorder aux peuples dans la gouvernance des frontières.
C’est le Prof Ousmane Zina, Président du Comité Scientifique, qui a présenté la synthèse générale. Il a tenu à saluer « le travail colossal » de compilation des contributions de la salle et les « précieuses contributions du Docteur Baglo », rappelant que le comité a été à l’œuvre sur l’ABF « toutes ces années ».
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Trois piliers : culture, intégration, sécurité
1. La culture, trait d’union entre les peuples
Le Prof Zina a rappelé que les frontières héritées de la colonisation, « tracées au mépris des solidarités historiques, n’ont pas effacé les liens culturels ». La reconnaissance internationale du Balafon portée par plusieurs États, la restauration des mosquées de style soudanais, les alliances à plaisanterie ou les savoirs endogènes comme la médiation traditionnelle, l’autorité des chefs coutumiers et le système Gada en Afrique de l’Est, constituent des instruments de rapprochement. Un point brillamment mis en lumière par la carte blanche de la Ministre de la Culture et de la Francophonie.
2. L’intégration par les frontières
Paradoxe relevé : l’Afrique dispose d’une architecture d’intégration dense, avec 8 Communautés Économiques Régionales et plus de 200 traités régionaux, sans que la libre circulation n’en soit facilitée. Barrières tarifaires, lourdeurs douanières, déficit d’infrastructures et faible connaissance de la ZLECAf, auxquels s’ajoute le faible taux de ratification de la Convention de Niamey. Le forum a montré que l’intégration se construit d’abord par le bas, comme à Soko/Bouna ou entre l’Ouganda et la RDC, où les communautés organisent marchés, services et dialogue.
3. La sécurité humaine
Les espaces frontaliers restent exposés au terrorisme, trafic d’armes, de drogue et d’êtres humains, et aux conflits agriculteurs-éleveurs. L’exemple ivoirien, présenté par le représentant du Ministre de la Défense, décrit des frontières poreuses malgré la création de bataillons de sécurisation depuis 2011. Conclusion du forum : la sécurité ne saurait être exclusivement militaire, elle relève de la sécurité humaine, qui conjugue clarification juridique des frontières, coopération entre États et accès à l’éducation.
« Les frontières africaines ne sont pas seulement des lignes de souveraineté. Elles sont des espaces de vie, d’échange, de coopération où l’intégration se pratique déjà », a conclu le Prof Zina.
Les recommandations d’ABF 2026
À l’endroit de l’Union Africaine :
- Mettre en œuvre les actions nécessaires pour convaincre les États membres de ratifier la Convention de l’UA sur la coopération transfrontalière dite Convention de Niamey ;
- Renforcer les capacités des ambassadeurs accrédités auprès de l’UA sur le Programme Frontière de l’UA ;
- Faire un plaidoyer auprès du Président Alassane Ouattara pour encourager ses pairs à adhérer au Programme Frontière et à ratifier la Convention de Niamey.
À l’endroit des organisations sous-régionales :
- Faire des peuples frontaliers de véritables acteurs de l’intégration en appuyant les infrastructures transfrontalières, les activités génératrices de revenus et le commerce local ;
- Accroître les ressources pour les projets frontaliers et transfrontaliers.
À l’endroit des partenaires au développement :
- Renforcer la coopération avec les structures en charge des frontières en tenant compte de la dynamique socioculturelle ;
- Accroître les ressources pour les projets frontaliers.
À l’endroit des États :
- Mettre les peuples frontaliers au centre des politiques de développement socio-économique ;
- Utiliser la culture comme levier de coopération transfrontalière ;
- Ratifier la Convention de Niamey, privilégier la négociation dans le règlement des différends et intégrer la gouvernance des frontières dans les cursus académiques.
À l’endroit des structures en charge de la gestion des frontières :
- Faire de la Convention de Niamey l’instrument de valorisation des cultures, savoirs endogènes et pratiques des peuples frontaliers ;
- Mettre en place un réseau de journalistes professionnels des frontières ;
- Instituer un prix international de la meilleure recherche universitaire en lien avec la gouvernance frontalière.
Une synthèse détaillée sera disponible dans le document officiel d’ABF 2026.
