A l’occasion de la première edition du Salon des jeunes entrepreneurs des médias (SAJEM), le jeudi 1er octobre à Cocody, plusieurs professionnels du secteur ont partagé leurs expériences et analysé les difficultés auxquelles sont confrontées les entreprises de presse . Une table ronde a eu lieu avec pour thème : « Entreprendre dans les médias africains : de l’idée au modèle viable ».
Les échanges ont notamment mis en lumière la nécessité de diversifier les sources de revenus, de renforcer la régulation et de développer les compétences locales. Parmi les intervenants figuraient Mamadou Traoré, président du Réseau des professionnels de la presse en ligne de Côte d’Ivoire (REPPRELCI) et directeur de Science et Société.com, Bamba Karamoko, président du conseil d’administration de l’Union des radios de proximité de Côte d’Ivoire, Ousmane Sy Savané, directeur général du quotidien Le Temps et premier vice-président du Groupement des éditeurs de presse de Côte d’Ivoire (GEPCI), ainsi que Fabrice Sawegnon, PDG du groupe Life et directeur général du groupe Voodoo. Les échanges étaient modérés par la journaliste, consultante et enseignante Marie-Laure Zakry.
Pour les entreprises de presse, la publicité demeure une source importante de financement. Toutefois, les participants ont souligné les limites d’un modèle économique reposant essentiellement sur les recettes publicitaires, dans un marché où les ressources restent limitées et la concurrence s’intensifie.Au-delà de la publicité classique et directe, les médias numériques peuvent recourir à la publicité programmatique, qui permet de monétiser leurs audiences grâce à des outils technologiques. La commercialisation de produits et de services constitue également une piste de diversification, notamment pour les médias spécialisés.
Mamadou Traoré a ainsi évoqué l’expérience de Science et Société.com, un média scientifique à vocation panafricaine, développé en partenariat avec un média scientifique et technique malien. Cette collaboration est née d’une volonté de dépasser les audiences nationales pour toucher un public plus large à l’échelle du continent.
La production de contenus et la fourniture de services spécialisés permettent également de générer des ressources. Une démarche qui illustre l’intérêt, pour les entreprises de presse, de valoriser leurs compétences et leur expertise au-delà de la seule publication d’informations. Toutefois, générer des revenus ne signifie pas nécessairement être rentable. La maîtrise des charges, la capacité à fidéliser les audiences et la construction d’un modèle économique durable demeurent des enjeux essentiels.
Un marché publicitaire sous pression
La situation du marché publicitaire télévisuel ivoirien a également alimenté les discussions. Fabrice Sawegnon a notamment évoqué les difficultés rencontrées par les chaînes privées gratuites, confrontées à des recettes publicitaires qui, selon lui, n’ont pas évolué au rythme des investissements réalisés. Il a notamment cité les dépenses liées aux infrastructures, aux studios et aux ressources humaines, soulignant que son groupe compte 247 collaborateurs. Ces charges pèsent sur les entreprises qui doivent financer la production de contenus tout en recherchant un équilibre financier.
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Il a également mis en avant le poids du groupe Canal+ sur le marché publicitaire. Selon son estimation, celui-ci représenterait environ 50 % du marché de la publicité télévisuelle gratuite en Côte d’Ivoire. Il a dénoncé une concurrence qu’il juge déséquilibrée entre les chaînes privées locales, qui supportent des coûts de production et d’emploi, et des chaînes concurrentes qui, selon lui, investissent moins dans la production locale.
La question de la régulation a aussi été soulevée. Pour les acteurs du secteur, la multiplicité des intervenants et les difficultés liées à la diffusion de la télévision numérique terrestre compliquent la structuration du marché.
Ces préoccupations renvoient à un enjeu central : créer un environnement dans lequel les médias peuvent investir, produire des contenus locaux et disposer de conditions de concurrence équitables.
HZ
